[EDITO] CHANGEMENT CLIMATIQUE : ET SI LA CÔTE D’IVOIRE SE DEPÊCHAIT UN PEU TROP LENTEMENT?

La ville de Madrid accueille du 2 au 13 décembre la COP 25, acronyme signifiant tout simplement «  Conférence des Parties sur le Climat ». Et La Côte d’Ivoire est présente à ce rendez-vous mondial, désormais très médiatisé, mais  regardé d’un œil souvent curieux par beaucoup de nos concitoyens. D’aucuns croient que ces questions ne concernent que des pays riches pollueurs. A tout le moins, des grands esprits, bardés de diplômes qui, hauts perchés, décident de la conduite et des affaires du monde. Ce n’est pas vrai ! Nous sommes tous, bel et bien concernés par le changement climatique. Du riche au pauvre, des femmes aux enfants, de la personne malade, physiquement déficient ou bien portante.

Si vous demandez à l’ivoirien lambda, à quoi est-ce qu’il perçoit les effets du changement climatique, il vous répondra à peu près ceci : « La forte chaleur et le rythme irrégulier des pluies ». Et c’est vrai que le climat est déréglé, du nord au sud du pays. C’est connu de tous ! En 50 ans, la Côte d’Ivoire a perdu 75% de son couvert forestier, passant de 16 millions d’hectares en 1960 à 3,4 millions d’hectares en 2015. Mais ce qui donne froid dans le dos, c’est bien ce rapport de la Banque Mondiale publié le 12 juillet 2019 sous le titre « Pour que demain ne meure jamais ». Petit florilège d’un rapport qui inquiète experts et décideurs : « Le pays devrait être confronté à l’horizon 2050 à l’effet combiné de la hausse des températures (+2 degrés celsius), de la variation des précipitations (-9 % en mai et +9 % en octobre) et de la montée des océans (30 cm) » indique le rapport

Effet domino, cette situation « correspondrait à une perte de 380 à 770 milliards de F CFA  pour la Côte d’Ivoire ». Par conséquent, « le changement climatique pourrait faire basculer dans l’extrême pauvreté 2 à 6 % de ménages supplémentaires d’ici 2030 ». Soit, près de 7 millions de personnes vivant avec moins de 1,90 dollar par jour, contre 6 millions aujourd’hui. Voici pour le scénario catastrophe. Sur les risques encourus en raison de l’érosion côtière, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) projette que  « la perte des plages et des dunes qui fournissent une protection naturelle contre les inondations, aggrave les conséquences des submersions marines, qui envahissent les villes et les villages durant les fortes tempêtes ». Ainsi,plusieurs installations industrielleset routières hautement stratégiques sont menacées : Ports d’Abidjan et de San Pedro, Aéroport d’Abidjan, routes côtières, complexes hôteliers à Abidjan, Grand-Bassam, Assinie…

Cette année, le Pays, a mis les petits plats dans les grands en mettant sur pied le 26 Juin 2019 un comité permanant d’organisation des COP, soit deux semaines avant la publication de ce rapport dont certains décideurs avaient déjà obtenu copie. « Vous avez la lourde et exaltante mission de conduire et de garantir le succès du CPO des COP qui doit désormais permettre à la Côte d’Ivoire de préparer efficacement sa participation aux COP sur le climat » a recommandé le Professeur Joseph Séka Séka, ministre en charge de l’environnement et du développement durable. Déjà, le Pays est bénéficiaire depuis février 2019 d’un Fonds vert climat d’un 1,4 milliard de FCFA. Pour ce faire, les dirigeants ivoiriens se sont engagés à intégrer la lutte contre le changement climatique dans le plan de développement national. Jusque là, le principal outil pour la lutte, c’était le programme REDD+ visant la réduction des émissions de gaz à effet de serre issues de la déforestation et la dégradation des forêts. Cet accord a été ratifié par le gouvernement en juin 2011.  Vu l’urgence, les questions de réchauffement climatique doivent prendre la forme d’un engagement plus vaste, plus dynamique. Auquel cas, on aura beaucoup de mal. C’est certain !

Sylvain MEL




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