[EDITORIAL] ENTREPRENDRE SOCIALEMENT EN PENSANT A DJ ARAFAT

La bienséance, fil rouge des règles de bonne conduite, recommande qu’on salue la mémoire de celui qui quitte, surtout aussi brusquement, le monde d’ici bas.  Merci champion! « C’est moi, c’est moi », et je le pense sincèrement Houon Ange Didier n’a pas empilé que des gaffes. Oraison funèbre ? Oui mais pas que ça, et je m’explique. Au fond, Arafat DJ n’a pas surfait son histoire : entre contexte familiale compliqué et son passage dans la rue, il s’est taillé une carapace. Il a surtout décidé d’entreprendre. Et sur ce point, il aura été très actif. L’ancien disc-jockey a changé son statut pour devenir une star adulée sur tout le continent et même au delà.  Il est un exemple de mobilité sociale réussie. Et c’est l’une des raisons pour lesquelles autant de jeunes se reconnaissaient en lui.   Son choix s’est porté sur la musique, son talent le plus avéré. Puis, sa créativité quasi naturelle a fait le reste. « Je suis née de parents musiciens » aimait-il à nous le rappeler. Que laisse-t-il derrière lui? Jusqu’à quel point Arafat DJ a-t-il vraiment entrepris? En tentant de répondre à ses deux questions, on le découvre du coup un peu mieux.  Arafat a été un visionnaire, un motivateur et surtout très entreprenant. Il a su observer le marché musical et il lui a fait une offre en s’appropriant certains codes culturels, musicaux et digitaux qu’il a parfois sublimés. Je ne sais pas si Arafat avait vraiment un staff –tout le monde sait qu’il n’était pas de commerce agréable – mais certains de ses choix donnaient à penser qu’il était logique. Du moins, pas aussi fou qu’on pouvait le pensait. 2,3 millions de fans sur facebook, des buzz frénétiques et une certaine façon de se régénérer dans l’adversité (musique, pas de danse) ont fait de lui le roi des réseaux sociaux dans son pays.

Sur France 24, en décembre 2014, l’artiste confessait : « c’est la jeunesse ivoirienne qui m’inspire ». Ces nombreux fans, en Côte d’Ivoire, en Afrique, aux USA et partout dans le monde, Arafat les appelait « la chine », une espèce de bras d’honneur au politiquement correct. Même ses surnoms portaient toujours la marque d’un caractère affirmé. Provocateur, il était l’expression populaire et artistique d’une jeunesse ivoirienne et africaine, calibrée « Millénnials » particulièrement désireuse de se faire entendre. Une génération rebelle qui s’estime et s’exprime, quelques fois gauchement. Sans tact, ni fioriture. Le message d’Arafat était donc unilatéral mais clair. Attaque verbale, impolitesse, lubricité, frasques…beaucoup en ont eu pour leur grade. Le tout dans une musique entraînante et dansante, à la portée de tous. Malheureusement, sa fin de vie terrestre s’achève sur une énième attitude anticonformiste. Quelle idée « Daishikan » ? Sur cette moto à 23H30 ? Sans casque, et peut-être éméché, qui sait ? Au delà, Arafat DJ faisait office de pont culturel entre la Côte d’Ivoire et bien de capitales africaines. De Dakar, à Ouagadougou et Bamako, en passant par Paris, Rabat, Yaoundé, Douala, Tunis, Kinshasa et Brazzaville…toutes ces métropoles  connaissent la musique de ce garçon, mort à 33 ans, devenu « Influenmento » à coup de buzz, de tubes et de vidéos-clash savamment entretenus. Il savait mêler business et musique. En quinze ans de carrière, son flot saccadé et sa créativité, lui ont ouvert les portes de plusieurs collaborations musicales : Koffi Olomidé, Maitre Gim’s, MHD, Toofan, Naza, Dadju… Son Coupé Décalé,  musique urbaine et identitaire transpirait l’échange culturel entre les peuples.  

Depuis, « hommage à Jonathan » en 2003, l’artiste, très prolixe (une dizaine d’albums, une quarantaine de singles) a connu plusieurs succès commerciaux et médiatiques. Si on ne sait rien de la façon dont il les a rentabilisé ou investi, on observe au moins que certains de ses anciens collaborateurs ont trouvé leurs places au soleil grâce à lui. Son image de « bad boy » talentueux sorti de la rue, a fini par être accepté jusque dans les milieux les plus feutrés : personnalités politiques, stars internationales, footballeurs…Aujourd’hui, tous le pleure. Mais en même temps, on comprend a quel point Arafat aurait pu faire plus. En termes d’engagement social, d’action humanitaire. Sa musique, sa voix portait partout. Alors que les discours jupitériens des hommes politiques deviennent de moins en moins audibles pour les jeunes, les stars du foot et de la chanson sont les nouveaux porte-voix. Problème de santé, d’éducation, d’emploi, de logement…la quête du bien-être social est transfrontalière. Elle est présente ici, comme partout ailleurs et soulève des problématiques sociologiques perceptibles dans les chansons des artistes les plus adulés. Il y a quelques semaines, l’Office Nationale de la Population (ONP) annonçait, dans une étude « un quasi triplement de la population » ivoirienne à l’horizon 2065 (68 millions d’habitants). Pour une population qui comprend actuellement 76% de jeunes. Une bombe démographique annoncé pour laquelle Arafat aurait fait office d’Ambassadeur itinérant. En fait, il y a tellement de cause pour lesquelles, il aurait pu ou du prêter son image en acceptant de « grandir » socialement et humainement. L’autre responsabilité des étoiles, c’est de luire en portant les valeurs les plus nobles. Arafat DJ a marqué sa génération, il entre dans la légende mais il aurait pu devenir une icône à jamais. En fait, disons qu’il est entré dans la légende à sa manière.

                                                                                                                                                                                                    Mel Sylvain

                                                                                                                                                                    




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