[EDITORIAL]: ESPRIT CONTESTATAIRE, GRÈVES ET GOUVERNANCE DURABLE

Résumons. Dans toutes les parties du monde, les citoyens se plaignent du gouvernement. « Nos enfants n’ont pas de travail, la politique en matière de santé est nulle, des villages entiers restent enclavés, sans raccordement en eau et en électricité, et tutti quanti »

Face à la fronde, l’Etat brandit un vaste programme en cours d’exécution. « Demain, tout ira mieux » assurent les donneurs d’ordre institutionnel. Pour autant, la pression sociale reste vive, traversée ça et là par des trêves, consécutives à des promesses ou à l’annulation pure et simple d’une reforme qui passe mal.  Chez nous, c’est regrettable de constater que ce sont justement  les secteurs d’activité qui produisent les externalités  négatives les plus évidentes qui enregistrent le plus de grève : l’éducation, la Santé et à un degré moindre le commerce. Nous sortons à peine d’une énième grève dans l’enseignement supérieur qui a fait planer le spectre de l’année blanche. Entre Février et mars 2019, les établissements publics primaires et secondaires étaient en grève. Début novembre 2018, 17 syndicats du secteur de la santé ont fait planer une atmosphère mortifère dans le pays. Enfin, on notera une surprenante grève du syndicat des Conducteurs de Citerne qui a privé le tout Abidjan, poumon économique du pays, de carburant 72 heures durant. Qui aime la grève ? Personne, c’est sûr !

Je me souviens encore de cette boutade de Louis De Funès, campant « Victor », homme d’affaire escroc et manipulateur dans le Film Les Aventures de Rabbi Jacob : « Quoi ? Une grève ? Alors il ne manquait plus que ça ! Allô ! Allô ! Je leur interdis de faire la grève. Non ! Je vous dis non ! Alors, écoutez-moi, vous faites comme d’habitude, vous promettez tout et moi je ne donne rien ! » Lol ! Pour le citoyen lambda, soucieux de justice sociale, l’Etat n’est pas loin de ressembler à ce personnage. Ainsi, les centrales syndicales quels qu’elles soient, accusent l’Etat d’entourloupes, de négligences, voire de mauvaise gouvernance dans la prise en main et la gestion de leurs besoins socioprofessionnels. Et c’est normal dans tout principe démocratique. En face, le gouvernement, assailli par des priorités qu’il s’est lui-même donné et des ressources jamais suffisantes, tire sur le frein. Voici comment naissent les grèves, voici comment on en arrive à la surchauffe qui prouve à tout le moins que l’Etat ne peut pas tout ou n’a pas la capacité de tout faire.

Toutefois, si on ne peut pas tout demander à l’Etat, il est légitime de lui en demander beaucoup. Pour la simple et bonne raison qu’il dispose de leviers juridiques, opérationnels et de moyens financiers qu’un acteur de la société civile n’aura jamais. Quand bien même ce dernier serait multimilliardaire.  Si cette société civile fait aujourd’hui l’objet d’autant d’attention, c’est bien parce que c’est elle qui impulse la tendance et force (normalement) l’Etat à réagir à une question d’inégalité, de justice sociale. Cependant, elle ne peut rien changer sans l’Etat. Le gouvernement est dans la prospective, la société civile est son outil de développement participatif et la grève est le pont qu’il y a entre les deux. Alors commencez, chers autorités, par avoir moins peur de revendications pourtant sur les primes de recherches, les heures complémentaires, les indemnités de logements, les revalorisations indiciaires. Quelques fois, la revendication n’est même pas financière. Croix de bois, Croix de fer…je ne fais pas de politique politicienne.

Sylvain MEL

redaction@lejdh.com




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