[Un œil sur l’actu] : adultère, genre et égalité entre les sexes, mobiles d’une transformation sociale

En début de semaine, un fait divers a fait couler beaucoup d’encre et de salive, remettant au goût du jour les questions sur le genre et l’égalité entre les sexes. Une dame et son amant présumé ont été interpellés après avoir été pris en flagrant délit d’adultère par la police locale à Minignan dans le nord-ouest du pays. On a pu entendre et lire çà et là qu’une fois de plus notre société privilégie encore et toujours les droits des hommes à ceux des femmes. Les hommes ont plus de liberté. Phallocratie donc.

Au cœur de ce débat qui a suscité l’indignation des uns et provoqué le courroux des autres, j’ai constaté fort étonnement une profonde méconnaissance des concepts, des notions de genre et d’égalité qui ont été vite réduits à des rapports conflictuels entre homme et femme. Et même entre femme et femme. Deux camps se sont opposés, partant de l’interprétation de l’article 391 du code pénal, qui stipule : « sont punis d’un emprisonnement de deux mois à un an, la femme convaincue d’adultère, ainsi que son complice. Est puni de la même peine le mari qui, dans la maison conjugale commet un adultère, ou qui, hors de la maison conjugale, a des relations sexuelles habituelles avec une femme autre que son épouse». L’un deux, celui des femmes notamment, n’a pas manqué de tourner la situation en dérision (les réseaux sociaux surtout), rappelant aux hommes les propos qu’ils leurs tiendraient lorsqu’il s’agit de circonstances où c’est l’homme le fautif. « Il faut beaucoup prier ; pense aux enfants… ».  Mais plus sérieusement, elles ont fustigé le fait que cette disposition légale dans l’interprétation des faits ne condamne pas l’homme et la femme de la même manière. Pis, ne condamne pas l’amante de l’homme en cas d’adultère, là où l’amant est accusé de complicité d’adultère. C’est bien de le faire remarquer. Mais concrètement, où en sommes-nous mesdames ?

Il faut malheureusement constater que des faits mineurs ou majeurs qui peuvent être des mobiles intéressants pour des actions collectives en vue d’une meilleure ré-contextualisation des droits fondamentaux de la femme sont souventes fois, empêtrés dans les contours mal définis d’un féminisme qui tend au confusionnisme. Manquant ainsi, une occasion de plus d’éduquer les populations sur l’enjeu que représentent le genre et le développement équitable pour la construction de nations durables. Ces occasions à saisir pour rappeler à toutes et tous par exemple, que la notion de genre renvoie à la relation entre homme et femme, non pas uniquement à la femme. Qu’elle n’implique pas une « concurrence » avec les hommes mais est plutôt une construction sociale autour du rôle de l’homme et de la femme. C’est un outil de transformation sociale qui tient également compte de l’identité socio-culturelle (éducation, valeurs, cultures, us).  Ces moments pour préciser que l’égalité traite substantiellement des droits fondamentaux de l’homme et de la femme, de la « répartition des tâches, d’une juste redistribution des responsabilités, rôles et un accès équitable aux ressources ». Même si comme le souligne la philosophe Albertine Tshibilondi, « les fonctions ou les rôles que nous avons dans notre société dépendent de la manière dont chaque société conçoit ce que c’est un homme ou ce que c’est une femme. Ce qui varie suivant le temps et l’espace ou le milieu dans lequel on vit. Le genre évolue et change. » Un changement, une évolution, une mutation sociétale à saisir au vol pour implémenter, une émancipation, un renforcement des capacités, une autonomisation et une prise de pouvoir durables. L’empowerment, comme diraient les anglo-saxons!

                                                                                                                                                                 Yves YOUANT




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